Ces quais du Rhône, illuminés lors des belles nuits d'été sont le symbole et la représentation même d'une vie... Chaque nuit ou matin, plus souvent le week-end, chevauchant mon Vélo'V, je file à pleine vitesse, descendant le fleuve...tout au long on retrouve des bouts de vie, des instants spécifiques, de nombreux souvenirs...
- Ces couples d'amoureux qui se promènent, main dans la main, à la lumière des loupiottes bleues incrustées dans le planché en bois, qui scintillent dans le noir, telles une piste de décollage pour avions... sans doute pour leurs faire espérer que la route est belle et sans obstacle...utopie d'une nuit... ce ne sont que des rêves...le réveil est toujours violent.
- Ces couples, au contraire, qui se disputent, se chamaillent... les larmes coulent et viennent gonfler les eaux d'un fleuve pourtant si calme... la tension , la colère cette incompréhension... le mal-être d'un coeur qui se déchire et qui implose.
- Ces individus, alignés sur les bancs en bois, seuls... regardant l'eau couler... A quoi pensent-ils? Leur solitude? Leurs tracas? Leur tristesse? Ou alors sont-ils là tout simplement pour ne penser à rien... un silence presque ténébreux entoure cet univers.
- Ces groupes de gens assis sur les pelouses, qui dansent, qui chantent, réalisent des accrobaties... qui sont là pour profiter du bon temps, attendre que le soleil du dimanche matin se lève pour aller rejoindre l'obscurité d'une chambre, un repos bien mérité.
- Ces personnes complètement amorphes, sous l'emprise de la boisson et des nombreux verres (trop nombreux sans doute)... titubants, seuls ou accompagnés, en rigolant ou bien au contraire dans une colère noire... sous les ponts du Rhône se bousculent ces personnes n'ayant plus aucun repère...
Et il y a moi...
Qui file toujours sur mon deux roues...
Je traverse systématiquement tous ces "mondes", toutes ces pensées, ces états que j'ai eu, que j'aurai sans doute encore...
A chaque fois... je me sens cette personne si seule assis sur son banc alors que je suis entouré de tous mes amis et que nous profitons de la vie, cette route éclairée des lupiottes bleues qui me laisse rêveur à l'idée de reconnaître ce que j'ai perdu et dont je suis tout simplement incapable de me défaire, cette personne complètement défractée qui jure après la Terre entière que le Coeur est un organe bien douloureux.
Je file... toujours et encore, car jusqu'à aujourd'hui encore, je deviens de plus en plus solitaire dans un entourage de plus en plus présent... mon vélo'v et moi même ne faisons que passer dans ces tranches de vie sous forme de tableaux vivants...
Ou suis-je dans tout ça? Je suis partout et je ne suis nul part à la fois...
MUSIQUE DU MOMENT / Avant que l'Ombre... "Peut-être Toi"